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§ 00PSB-3110Regard d'expert — IA Act & sûreté électronique

Vos caméras se sont mises à l'IA. La loi vient de les rattraper.

Le règlement européen sur l'intelligence artificielle a franchi son plus gros palier le 2 août 2026. Pour un intégrateur, ce n'est pas un sujet de juriste : c'est ce qui conditionne désormais la façon dont on spécifie une caméra « augmentée », un contrôle d'accès biométrique ou une analyse vidéo. Nos articles sûreté et réseau IP et cybersécurité, déjà publiés, posaient les systèmes et les données — celui-ci pose le cadre légal qui les encadre.

10 min de lecture IA Act — Sûreté & biométrie Publié par PROSYB

Une caméra qui décide « toute seule » qu'une situation est anormale n'est plus un simple capteur. C'est un système d'IA — avec, depuis le 2 août 2026, des obligations qui vont avec.

Les dispositifs de sûreté embarquent de l'intelligence artificielle depuis des années : détection de franchissement, comptage, reconnaissance de plaques, analyse comportementale, authentification biométrique. Ce qui change en 2026, ce n'est pas la technologie — c'est qu'un texte européen unique, le règlement (UE) 2024/1689 (« IA Act »), lui donne un régime juridique gradué selon le risque. Ce régime s'applique par paliers, et le plus important vient d'être franchi. Décryptage pour ceux qui spécifient, installent et exploitent ces systèmes.

IA ACT Sûreté Réseau Calendrier Omnibus 2026 Transparence Interdits Vidéo augmentée Intégration
01 — Sûretédéjà publié

Les systèmes, déjà posés

Contrôle d'accès, vidéoprotection, détection d'intrusion, biométrie — l'article sûreté a décrit les briques que l'IA Act vient maintenant encadrer. Relire l'article Sûreté →

02 — Réseaudéjà publié

Les données, déjà posées

Une image de visage est une donnée à caractère personnel, souvent sensible. Sa protection relève du réseau et de la cybersécurité déjà traités. Relire l'article Réseau →

03 — Calendrier

Un règlement qui s'applique par paliers

Entré en vigueur le 1er août 2024. Pratiques interdites au 2 février 2025. Modèles d'IA à usage général au 2 août 2025. Puis le gros palier : 2 août 2026.

04 — Omnibus 2026

Le haut risque, repoussé — pas supprimé

2 déc. 2027 nouvelle échéance des systèmes à haut risque de l'annexe III

Le règlement (UE) 2026/1744, en vigueur le 27 juillet 2026, décale le calendrier des systèmes à haut risque sans toucher au cadre de fond.

05 — Transparence

Ce qui s'applique depuis le 2 août 2026

L'exploitant d'un système de reconnaissance des émotions ou de catégorisation biométrique doit informer les personnes exposées. Les contenus générés par IA doivent être signalés.

06 — Interdits

Quatre pratiques hors la loi depuis 2025

Identification biométrique à distance en temps réel en espace public à fins répressives, reconnaissance des émotions au travail et à l'école, catégorisation biométrique de caractéristiques sensibles, moissonnage non ciblé de visages.

07 — Vidéo augmentée

Analyser un comportement n'est pas identifier une personne

La CNIL distingue la vidéo « augmentée » de la reconnaissance biométrique sur deux critères : la nature des données traitées et l'objectif — identifier de manière unique, ou non.

08 — Intégration

Cartographier avant d'installer

Recenser les fonctions d'IA d'un système, qualifier chacune (interdite, transparence, haut risque à venir), mener l'AIPD, articuler RGPD et autorisation préfectorale — un travail de conception, pas de pose.

Un règlement qui s'applique par paliers

Le règlement (UE) 2024/1689 est entré en vigueur le 1er août 2024, mais son application est étalée dans le temps. Trois jalons sont déjà passés : les pratiques interdites depuis le 2 février 2025, les règles sur les modèles d'IA à usage général et la désignation des autorités nationales depuis le 2 août 2025, puis le palier le plus large le 2 août 2026. C'est une architecture fondée sur le risque : plus un usage touche aux droits des personnes, plus les obligations sont lourdes — et plus leur entrée en application est tardive, le temps que les normes techniques et les organismes d'évaluation se mettent en place.

Ce que l'Omnibus a repoussé — et ce qu'il n'a pas touché

Le règlement (UE) 2026/1744, dit « Digital Omnibus sur l'IA », publié à l'été 2026 et entré en vigueur le 27 juillet 2026, a modifié le calendrier initial. Constatant que ni l'industrie ni les organismes de normalisation n'étaient prêts, la Commission a reporté au 2 décembre 2027 l'application des obligations pesant sur les systèmes à haut risque de l'annexe III — dont relèvent notamment les systèmes biométriques — et au 2 août 2028 celles des systèmes d'IA intégrés à des produits déjà réglementés (annexe I). Le cadre de fond, lui, n'est pas rouvert : les catégories de risque, les interdits et la logique de conformité restent identiques. Pour un exploitant de sûreté, cela laisse une fenêtre pour se préparer, pas une dispense.

Les obligations de transparence, applicables depuis le 2 août 2026

L'article 50 du règlement est, lui, bien applicable depuis le 2 août 2026, sans report. Deux points concernent directement la sûreté : l'exploitant d'un système de reconnaissance des émotions ou de catégorisation biométrique doit informer les personnes qui y sont exposées ; et tout contenu image, son ou vidéo généré ou manipulé par IA de façon à pouvoir passer pour authentique doit être signalé comme tel. S'y ajoutent, à la même date, le régime de sanctions (jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour les manquements les plus graves) et la surveillance du marché. Ces obligations de transparence ne remplacent pas l'information RGPD due aux personnes filmées : elles s'y ajoutent.

Les pratiques interdites depuis février 2025

Quatre usages sont proscrits depuis le 2 février 2025, et il est utile de les avoir en tête avant toute étude :

  • l'identification biométrique à distance en temps réel dans les espaces accessibles au public à des fins répressives (réservée à des exceptions strictement encadrées au bénéfice des autorités) ;
  • la reconnaissance des émotions sur le lieu de travail et dans les établissements d'enseignement ;
  • la catégorisation biométrique visant à déduire des caractéristiques sensibles (origine, opinions, orientation…) ;
  • la constitution de bases de reconnaissance faciale par moissonnage non ciblé d'images issues d'Internet ou de la vidéosurveillance.

Un projet de sûreté qui frôle l'un de ces usages doit être requalifié ou abandonné : aucun aménagement contractuel ne rend licite une pratique interdite.

Vidéo « augmentée » n'est pas reconnaissance biométrique

C'est la distinction la plus utile sur le terrain. La vidéo « augmentée » (ou algorithmique) analyse automatiquement des images pour repérer des situations ou des comportements prédéfinis — intrusion en zone, objet abandonné, mouvement de foule, franchissement — et alerter un opérateur. Elle ne cherche pas à savoir qui est la personne. La reconnaissance biométrique, elle, traite une caractéristique physique ou comportementale pour identifier ou authentifier une personne de manière unique. La CNIL retient deux critères de tri : la nature des données et l'objectif du dispositif. La vidéo augmentée reste possible, mais elle n'est jamais « neutre » : elle exige une base légale, une nécessité et une proportionnalité démontrées, une information claire du public et, presque toujours, une analyse d'impact.

RGPD et IA Act : deux régimes qui se cumulent

Le règlement IA n'abroge pas le RGPD, il s'y superpose. Le RGPD gouverne le traitement de données personnelles — base légale, information, durée de conservation, droits des personnes, AIPD ; le règlement IA gouverne le système en tant que produit — classification par risque, documentation, transparence, surveillance humaine, gestion des risques. Une caméra augmentée déployée dans un bâtiment relève des deux : elle nécessite une analyse d'impact relative à la protection des données dès lors qu'elle surveille systématiquement une zone accessible au public, recourt à l'IA ou croise la vidéo avec d'autres données, et, pour la voie publique, une autorisation préfectorale de vidéoprotection. La conformité se construit à la conception, pas après la mise en service.

Le rôle de l'intégrateur et du bureau d'études

Concrètement, avant de chiffrer un système de sûreté à composante IA, nous procédons dans cet ordre : recenser chaque fonction algorithmique du système proposé (analyse d'image, biométrie, comptage, lecture de plaques) ; qualifier chacune au regard du règlement (pratique interdite, obligation de transparence, futur haut risque) ; documenter la base légale, la nécessité et la proportionnalité avec le responsable de traitement ; mener l'AIPD et préparer les mentions d'information ; choisir des équipements dont le fournisseur documente la conformité et fournit la notice technique attendue par le règlement. Ce travail relève de la maîtrise d'un sujet réglementaire et technique — il ne présume d'aucune certification ou agrément particulier, et s'appuie sur les textes en vigueur au moment de l'étude.

§ 01PSB-3110Synthèse

Le cadre IA referme la boucle Sûreté + Réseau

Deux articles ont posé les systèmes de sûreté et la protection des données qui les traversent. Celui-ci ajoute la couche qui manquait : le régime juridique de l'IA embarquée. Trois lectures, une seule exigence de conception intégrée.

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Questions fréquentes

Le règlement IA interdit-il la vidéosurveillance intelligente en entreprise ? +

Non. Ce qui est interdit depuis le 2 février 2025 est précis : l'identification biométrique à distance en temps réel dans les espaces accessibles au public à des fins répressives, la reconnaissance des émotions au travail et dans l'éducation, la catégorisation biométrique déduisant des caractéristiques sensibles, et la constitution de bases de reconnaissance faciale par moissonnage non ciblé d'images. La vidéo dite « augmentée », qui analyse des comportements ou des situations sans identifier une personne de manière unique, reste possible sous conditions, dans le respect du RGPD.

Qu'est-ce qui s'applique concrètement depuis le 2 août 2026 ? +

Les obligations de transparence de l'article 50 (informer les personnes exposées à un système de reconnaissance des émotions ou de catégorisation biométrique, signaler les contenus générés ou manipulés par IA), le régime de sanctions du chapitre XII (jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial), la surveillance du marché et l'encadrement des modèles d'IA à usage général. Les obligations des systèmes à haut risque de l'annexe III ne s'appliquent pas à cette date.

Les obligations pour les systèmes à haut risque, c'est pour quand ? +

Le règlement (UE) 2026/1744, dit « Digital Omnibus sur l'IA », entré en vigueur le 27 juillet 2026, a reporté l'application des obligations des systèmes à haut risque de l'annexe III (dont la biométrie) au 2 décembre 2027, et celle des systèmes d'IA intégrés à des produits déjà réglementés (annexe I) au 2 août 2028. Le cadre de fond n'est pas remis en cause, seul le calendrier est décalé.

Faut-il une analyse d'impact (AIPD) pour une caméra augmentée ? +

Dans la quasi-totalité des cas, oui. La CNIL considère qu'une analyse d'impact relative à la protection des données est nécessaire dès lors qu'un dispositif filme systématiquement une zone accessible au public, recourt à un traitement algorithmique ou d'intelligence artificielle, ou croise la vidéo avec d'autres données. Elle s'ajoute aux formalités RGPD et, le cas échéant, à l'autorisation préfectorale de vidéoprotection.

Qui contrôle l'application du règlement IA en France ? +

La CNIL a été désignée autorité nationale compétente pour le contrôle des pratiques interdites touchant la biométrie et la reconnaissance des émotions, et elle conserve l'ensemble de ses compétences RGPD sur les traitements de données personnelles associés. D'autres autorités sectorielles interviennent selon les usages. À l'été 2026, la désignation complète des autorités et le régime de sanctions propre au règlement restaient en cours de structuration en droit français.